Mercredi 14 avril 2010
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Dernière partie du débat autour de l'acompagnement en fin de vie et de la demande du patient à mourir.
"Il est urgent de se préparer à défendre la culture de vie sur le thème de l’euthanasie.
Nous ne cherchons pas à convaincre la petite minorité déjà convaincue et militante, qu’elle défende la culture de vie ou qu’elle défende la culture de mort. Nous cherchons à faire basculer
l’immense majorité. Cette majorité est a priori plutôt favorable à l’euthanasie, elle y a été préparée par des années de manipulation. Cette majorité plutôt favorable à l’euthanasie est
convaincue par le concept "mourir dans la dignité" qu’elle associe au refus de soins agressifs, douloureux et inutiles, et à l’euthanasie.
De quoi parle-t-on ? Définition de l’euthanasie
La définition même de l’euthanasie, telle qu’elle nous est donnée, traduit souvent une volonté de manipulation. Le Petit Robert en donne un exemple révélateur : "Euthanasie : Usage de procédés
qui permettent d’anticiper ou de provoquer la mort, pour abréger l’agonie d’un malade incurable, ou lui épargner des souffrances extrêmes. L’euthanasie est un problème de bioéthique. Les
partisans de l’euthanasie refusent l’acharnement thérapeutique...".
Nous préférerons la définition donnée par la Sacrée Congrégation pour la Doctrine de la Foi (Déclaration sur l’euthanasie, 5 mai 1980) : "Par euthanasie, nous entendons une action ou une
omission, qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur. L’euthanasie se situe donc au niveau des intentions et à celui des procédés employés".
La confusion de deux idées : arrêt de soins disproportionnés et euthanasie, constitue un piège
On tentera de justifier le suicide assisté par l’argument de l’abstention de soins disproportionnés.
Beaucoup des cas particuliers qui nous sont présentés comme étant des euthanasies ne constituent en fait, sous réserve de l’intention du médecin, que des abstentions légitimes de soins
disproportionnés.
Nous pouvons trouver de multiples exemples de cet amalgame dans la presse et dans tous les débats sur le sujet. L’article paru dans "Libération" du 12 mars 1998, intitulé "Euthanasie passive, la
fin d’un tabou" est particulièrement révélateur.
Cette manipulation n’est évidemment pas innocente. Les défenseurs de l’euthanasie veulent en fait aboutir sur un point : le suicide assisté. Si ce projet était proposé sans camouflage, il ne
serait pas accepté par l’opinion. La confusion entre le suicide assisté et l’arrêt de soins inutiles va permettre d’obtenir l’adhésion.
Dans cette situation, nous n’arriverons pas à convaincre
Naturellement, nous sommes tous, avec raison, très réticents concernant l’utilisation de soins disproportionnés. D’autant plus face à une médecine dont nous avons l’impression qu’elle se
déshumanise rapidement, à mesure que sa technicité augmente.
Par ailleurs, l’euthanasie est une tentation. Face à la souffrance et au souhait de soulager le malade, l’euthanasie apparaît souvent comme une, voire la seule solution (relire à ce sujet
"Evangelium vitae", 64).
Dans ce contexte, si nous n’arrivons pas à bien dissocier arrêt des soins disproportionnés et euthanasie, et si nous n’arrivons pas à comprendre et analyser nos propres tentations euthanasiques,
nous ne pourrons pas défendre la position de l’Eglise car nous aurons toujours bien du mal à y adhérer pleinement.
Il faut donc réussir à dissocier ces deux idées et refuser absolument d’appeler euthanasie ce qui n’est que la juste abstention de soins disproportionnés.
Le principe de proportionnalité des soins
L’enseignement de l’Eglise, enseignement du "bon sens", nous rappelle utilement, et rappelle aux soignants avec une grande insistance un principe élémentaire :
"Le professionnel de la santé qui se trouve dans l’impossibilité de guérir ne doit jamais renoncer à soigner. Il est tenu de pratiquer tous les traitements "proportionnés". Il n’est pas obligé,
au contraire, de recourir aux traitements "disproportionnés". Par rapport à la condition d’un malade, il faut retenir comme ordinaires, les traitements où existe un rapport de juste proportion
entre les moyens employés et la fin poursuivie" (1).
Concernant le malade : "Il est licite d’interrompre l’application de tels moyens (les moyens mis à disposition par la médecine de pointe), lorsque les résultats déçoivent les espérances attendues
car il n’y a plus de proportion entre l’investissement des instruments et du personnel et les résultats prévisibles ou parce que les techniques mises en oeuvre imposent au patient des souffrances
ou des inconvénients plus grands que les bénéfices que l’on peut en retirer. Il est toujours licite de se contenter des moyens normaux que peut offrir la médecine. On ne peut donc imposer à qui
que ce soit, l’obligation de recourir à un type de traitement qui, bien qu’en usage, ne serait cependant pas exempt de dangers ou trop onéreux. Ce refus n’équivaut pas au suicide. Il signifierait
plutôt, ou la simple acceptation de la condition humaine, ou le désir d’éviter la mise en oeuvre d’un dispositif médical disproportionné aux résultats que l’on pourrait espérer, ou encore la
volonté de ne pas imposer des frais trop élevés à la famille et à la collectivité".
Le refus des soins disproportionnés n’est donc pas un point de discorde entre militants pour ou contre l’euthanasie, c’est un point d’accord fondamental qui devrait nous permettre d’ouvrir le
dialogue avec les personnes de bonne volonté.
Le mot "euthanasie" est piégé, faut-il encore l’utiliser ?
En pratique : les militants pro-euthanasie entendent par le mot euthanasie l’arrêt de soins disproportionnés et de façon accessoire l’aide au suicide. Ceux qui s’opposent à l’euthanasie entendent
dans le mot euthanasie l’aide au suicide et l’homicide (tuer le malade sans son consentement). L’immense majorité des naïfs comprend le mot euthanasie dans le même sens que les militants
pro-euthanasie.
Les débats actuels radio ou télévisés interdisent toute réflexion. L’utilisation du mot euthanasie exige une explication trop prolongée, vouée à l’échec. Si nous choisissons de parler
d’euthanasie, nous nous condamnons à accepter la confusion avec le refus des soins disproportionnés, donc à ne pas pouvoir faire entendre notre position.
Pour sortir de cette impasse, les anglo-saxons ont choisi de changer de mot.
Aux USA
Dans plusieurs Etats, la question de l’euthanasie a été posée. Les militants pro-vie, confrontés aux mêmes problèmes de piège de langage que chez nous ont largement utilisé l’expression "suicide
assisté". Celle-ci avait comme avantage (parmi d’autres) de bien faire comprendre que la demande d’euthanasie devait être écoutée : le suicidaire lance avant tout un appel au secours. La vraie
réponse qu’il attend de nous, ce n’est pas de l’aider à mourir, c’est de l’aider à vivre.
En Australie
Là aussi, le mot euthanasie était piégé, et il fallait trouver une alternative qui permette au public de bien comprendre l’enjeu. Les militants pro-vie ont été aidés par des études sociologiques
approfondies, ce qui leur a permis d’être particulièrement percutants en utilisant des mots et des concepts adaptés au contexte culturel australien.
Le mot euthanasie n’a plus jamais été utilisé, au profit de termes comme "injection mortelle" ...
Les Australiens ont particulièrement travaillé pour construire des concepts convaincants. Autant l’association des termes euthanasie et mourir dans la dignité conduit l’auditeur à adhérer
d’emblée à l’euthanasie, autant l’association, par exemple, de "injection mortelle", avec "contre l’avis du malade", ou "erreur médicale" conduit à une méfiance et à un mouvement de recul
immédiat.
En France, nous devons identifier les mots et expressions adaptés aux messages que nous souhaitons faire passer, eux-mêmes adaptés à notre culture
Quels seront nos alliés naturels ?
Les militants pour la culture de vie américains et australiens ont trouvé, sur le dossier de l’euthanasie, des alliés forts dans des minorités : la majorité des aborigènes australiens, plus de 70
% de la population noire américaine, les hispano-américains... sont opposés à l’euthanasie. Ces populations ont été mal traitées par la médecine "occidentale" et restent très méfiantes face à
toute proposition eugénique ou euthanasique.
Par ailleurs, les militants de nombreuses associations de défense des malades (cancer, sida, sclérose en plaque, handicapés physiques ou mentaux ...) ont les mêmes inquiétudes, et sont
particulièrement suspicieux face aux risques évidents de dérapage de toute loi euthanasique.
En Australie, toutes les églises, l’Eglise catholique en tête, ont pris publiquement et fortement parti pour la culture de vie. Nous pouvons prier pour qu’il en soit de même chez nous.
En France, nous devons faire l’inventaire de nos alliés : quelles sont les associations puissantes et structurées de défense des malades avec lesquelles nous pourrions travailler ? Quelles
minorités pourraient trouver avec nous un terrain d’entente et de combat commun au service de la vérité ? Quelles églises, quelles communautés religieuses seraient prêtes à dire le vrai au risque
des médias ? Nos évêques et nos prêtres sont-ils prêts à soutenir les associations ou mouvements qui se mettraient en tête du combat contre l’euthanasie ?
Qui sera crédible ?
Là aussi, l’expérience nous apprend qu’il faut être prudent et que la profession de celui qui s’exprime influence largement son auditoire. En faveur de la culture de vie, des infirmières, des
personnes travaillant auprès de handicapés ou de vieillards, des responsables d’associations de malades seront souvent beaucoup mieux écoutés que des politiciens, des économistes ou des
moralistes.
Dix malades dans la rue seront plus percutants que cent militants d’associations "bien-pensantes".
Pour agir
Notre efficacité dans le combat pour la culture de vie est conditionnée à notre adaptation au contexte socio-culturel actuel. Un important travail est nécessaire, d’analyse, de construction de
réseau et de recherche de partenaires, tout en ne perdant pas de vue l’essentiel : il s’agit d’abord d’un combat spirituel. (source Ichtus)
Solidairement,
Vous pouvez écouter et/ou télécharger cette troisième partie du débat sur l'accompagnement en
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