« En 1998, l’homéopathie, une médecine alternative efficace, était pratiquement inconnue au Kenya. Mais grâce à
l’important travail de la Fondation Abha Light, l’infrastructure pour une homéopathie professionnelle et une médecine alternative sont en place pour le bénéfice du peuple
kényan ».
C’est ainsi que sur la page d’accueil de son site Internet, la fondation se félicite de son activité depuis plus de 10 ans.
Abha Light n’est pas la seule organisation à faire du prosélytisme pour l’homéopathie en Afrique. L’ONG française Homéopathes sans frontières a également mis en place plusieurs programmes sur le
continent.
L’homéopathie dans une Afrique ravagée par les épidémies, les maladies endémiques terribles telles que le sida, le choléra ou
les diarrhées hémorragiques, prend une consonance bien différente de ce qu’elle a dans nos pays. Ici, l’état sanitaire est bien meilleur, la médecine scientifique est la règle et la pratique
homéopathique, à de rares exceptions près, s’applique à des maux bénins sans se substituer aux traitements efficaces quand ils sont nécessaires.
L’argument principal mis en avant par les deux associations est le coût des traitements, hors de prix en ce qui concerne la
« médecine officielle », et bon marché avec l’homéopathie. Ce constat prend tout son relief dans les pays pauvres, et en particulier sur le continent africain. Essayant de se placer
sous la bannière de l’OMS en déclarant vouloir « répondre au vœu » de l’organisation mondiale exprimé en 1978 d’un « accès à la santé pour tous », Homéopathe sans frontières
affirme sa conviction que « d’autres thérapeutiques, dites alternatives ou complémentaires, sont nécessaires pour favoriser l’accès à la santé pour tous ». Même son de cloche chez Abha
Light, qui annonce une médecine naturelle et homéopathique « accessible, abordable et alternative », soulignant que « même les peuples les plus pauvres peuvent y avoir
accès ».
Le côté financier est bien entendu une des difficultés majeures pour la mise à disposition de soins adaptés dans les pays du
continent africain, dont les populations sont frappées par des pathologies graves pour lesquelles il existe souvent des traitements, des vaccins. Mais ces traitements ont un coût élevé et
nécessitent souvent une infrastructure pour être mis en œuvre, infrastructure largement absente. Pour autant, la solution serait-elle de proposer des traitements non validés, des poudres de
perlimpinpin, au prétexte qu’ils sont moins chers et plus faciles à mettre en œuvre ? C’est bien ce que nous proposent Abha Light et Homéopathes sans frontières. Les habitants des pays
africains, des pays pauvres en général, n’auraient-ils pas droit aux mêmes traitements éprouvés que le reste de l’humanité ?
Si dans les pays économiquement développés, les homéopathes se gardent bien d’affirmer l’efficacité de leurs pratiques pour
des pathologies lourdes (ils revendiquent plutôt une « complémentarité » de soins), la retenue ne semble plus de mise quand il s’agit de conquérir de nouveaux continents. Abha Light
proclame ainsi l’efficacité des médecines naturelles, homéopathie en tête (alliée avec la naturopathie, la réflexologie, le traitement par les plantes, etc.) pour les pathologies graves et les
épidémies, sida et malaria en tête : « ce qui est relativement peu connu, c’est que dans quelques pays, la médecine naturelle est pratiquée avec succès pour contrôler le sida avec pour
résultat, une forte augmentation de l’espérance de vie, et l’assurance d’une vie relativement normale ». Des témoignages sont mis en avant, tel celui de WM, un homme de 27 ans, dans une
phase avancée de sida, « présentant tous les symptômes “habituels” de la maladie : toux, crises de diarrhées, perte d’appétit, perte de poids, éruptions cutanées ». Alors qu’une
trithérapie lui est proposée, pour laquelle Abha Light affirme le peu d’enthousiasme de WM « au vu du grand nombre d’effets secondaires », la Fondation oriente le malade vers un
traitement homéopathique associé à une alimentation suivant les règles de la « naturopathie ». Résultats miraculeux, affirme la Fondation : « en moins de 10 jours, la plupart
des symptômes ont disparu, et 6 semaines plus tard, WM se sentait en forme et plein d’énergie, [et 6 mois plus tard], WM a repris du poids, sa peau est redevenue normale, sa toux a disparu, son
taux de CD4 redevenu normal ».
L’OMS constatait les progrès réalisés [4] : « dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, 42 % des
9,5 millions de personnes qui avaient besoin d’un traitement y avaient effectivement accès en 2008, contre 33 % en 2007 », soulignant que « c’est en Afrique subsaharienne, où
surviennent les deux tiers des infections à VIH, que l’on a constaté les plus grands progrès ».
Comment alors qualifier l’activité d’Abha Light qui, dans ce contexte, détourne des patients de traitements efficaces et
validés ? Pour le moins, révoltante !
Aux yeux de ses promoteurs, l’homéopathie pourrait être la solution à tous les maux de l’Afrique. La malaria (paludisme),
cette maladie propagée par les piqûres de moustique, est un des pires fléaux qui ravagent le continent. Abha Light affirme l’efficacité de ses traitements, et de son produit MalariX. Stephen John
Smith, membre du bureau de la fondation, coordonne et supervise l’activité de plusieurs cliniques de l’association dans l’est du Kenya. Dans un récent article, il présente les traitements mis en
oeuvre dans les établissements de la fondation, et décrit comment, chaque mois, plus de 500 patients, souvent atteints de maladies graves (malaria, typhoïde, brucellose, etc.) sont traités par
homéopathie [6]. Refusant tout protocole d’évaluation, la directrice de l’association, Didi Ananda Ruchira, se justifie en déplorant le manque de moyens à disposition. Pour elle, la
simple « observation de cas » suffit, et « n’est pas moins scientifique ». À propos de l’opposition à la reconnaissance des traitements homéopathiques dans les « pays
capitalistes », Ananda Ruchira l’explique par le défi que cette pratique représente face « à la domination des compagnies pharmaceutiques sur la santé de milliards d’individus ».
Un discours radical qui masque difficilement la réalité du peu de considération porté de fait aux populations des pays d’Afrique et aux maux qui les frappent. Homéopathes sans frontières est plus
prudente dans ses formulations. Catherine Gaucher, présidente fondatrice de l’association, précise que s’il est vrai que l’homéopathie « ne peut pas remplacer la chirurgie, les antibiotiques
ou les antiparasitaires », il serait toutefois « inconsidéré de lui enlever la place qu’elle peut occuper dans la santé publique » dans l’aide au développement des pays pauvres.
Ainsi, les infrastructures que l’association met en place, les formations qu’elle organise, visent clairement à établir la pratique homéopathique pour l’ensemble de pathologies rencontrées. Pour
les diarrhées infectieuses chez l’enfant, le site d’HSF affirme même explicitement que « l’efficacité de l’homéopathie est prouvée ». Tout comme Abha Light Foundation, Homéopathes sans
frontières s’active à mettre en place des dispensaires homéopathiques, à sceller des « accords de coopération » afin de promouvoir l’homéopathie et former des « praticiens »
qui iront sur le terrain, armés de dilutions infinitésimales, face aux épidémies qui ravagent plusieurs régions du continent.
Répondant à une lettre de jeunes médecins britanniques (coordonnés par l’association Sense about science) s’inquiétant
du développement de l’homéopathie dans les pays pauvres, développement qui met des vies en danger, l’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS) a rappelé que cette pratique « n’avait aucune
place » dans la prise en charge des patients atteints de maladies graves telles que le sida, la tuberculose, la malaria, les grippes, ou encore les diarrhées chez les enfants. S’adressant
aux pouvoirs publics au Royaume-Uni, les mêmes médecins demandent que cet avis soit communiqué largement aux agences de santé publique et que des efforts soient entrepris pour empêcher la
promotion de thérapies inefficaces pour des maladies graves.
On peut effectivement s’étonner du manque de réactions des autorités dans tous les pays d’où sont originaires les ONG
coupables, face aux agissements d’associations qui prétendent lutter contre le paludisme, le sida ou les diarrhées des enfants avec des dilutions homéopathiques. On peut également souligner
l’irresponsabilité des diverses associations homéopathiques qui, d’un côté, proclament haut et fort, en France, au Royaume-Uni et ailleurs, qu’elles sont « responsables », qu’elles ne
s’opposent pas aux traitements éprouvés dans le cas de maladies graves, mais qui ferment les yeux, voire soutiennent explicitement les agissements inverses en Afrique et dans les pays pauvres. Le
responsable du site « Quackometer » en a fait l’expérience. Dénonçant régulièrement les agissements d’Abha Light, le site s’est adressé aux associations homéopathiques du Royaume- Uni
leur demandant de condamner les pratiques de la Fondation. En retour, il explique n’avoir eu que des avocats le menaçant de diffamation et exigeant de lui qu’il retire toutes ses critiques de son
site.
Le prosélytisme homéopathique en Afrique se fait sous couvert d’installations de dispensaires, de formations de personnels
soignants, de mise en place d’infrastructures pour l’assainissement des eaux et l’hygiène, autant d’activités nécessaires. Certaines associations locales, parfois certains services ministériels,
sont trompés, ou acceptent de l’être, pour recueillir des aides qu’ils jugent utiles. Ils participent ainsi à la progression de « remèdes miracles », dangereux car inefficaces. Les
activités de ces missionnaires des temps modernes doivent être arrêtées. Les populations des pays pauvres ont droit à une médecine éprouvée, efficace.
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