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Voir le film de Lee Daniels, Precious, est une traversée des ténèbres, une rencontre éprouvante avec le sordide et l'inhumain.
Le récit d'une adolescente noire illettrée et obèse dans le New York déliquescent des années 1990, sexuellement abusée et violentée par ses deux parents, enceinte d'un deuxième enfant dont le
géniteur est son propre père, qui lui inocule ce faisant le virus du sida, est une gifle pour ceux qui avaient oublié qu'il existait des misérables aux Etats-Unis.
Et qu'un grand nombre d'entre eux étaient noirs.
Aux Etats-Unis, le débat autour du film fut passionné parmi l'intelligentsia afro-américaine, les plus véhéments de ses membres se disant révulsés par un tel spectacle de haine de soi (le
réalisateur et l'auteur sont noirs) destiné, selon eux, à vendre du stéréotype racial à la classe moyenne blanche qui irait au cinéma se rincer l'oeil : pauvreté, inceste, viol, sida,
analphabétisme, obésité...
Assez de honte pour les Noirs tonnent-ils, assez de ces freak shows (foires aux monstres) qui font du Noir une bête, et assez du topos de la rédemption par l'écriture qui a été servi aux Noirs
pendant des siècles par le maître blanc.
Mais derrière la question raciale se dissimule, comme souvent, la question sociale : Precious incarne la grande contradiction du pauvre tel que nos sociétés se le représentent : difforme et
pourtant invisible. Le film invite donc à réfléchir aux thèmes du voyeurisme et de l'obscène dans des sociétés comme les nôtres, qui se sont évertuées à systématiquement défigurer la pauvreté.
Lee Daniels pose la question de la répulsion que nous inspirent ces personnages sans que jamais ceux-ci soient humiliés ni excusés, témoignant d'une audace artistique et politique à laquelle les
Etats-Unis ne s'attendaient pas.
Entre nomination aux Oscars et commentaires outragés, Precious nous plonge dans les entrailles d'une l'Amérique à contretemps, "si peu obamanienne", selon les mots mêmes du réalisateur.
Precious nous pousse à nous interroger sur les frontières de l'obscénité : obscénité de sa caméra devant le spectacle du sordide et de nos propres sentiments devant l'héroïne elle-même, ignoble
dans son corps et dans son martyre.
Le réalisateur confie qu'il voulait rendre à l'image la répulsion viscérale que l'héroïne Jones lui inspirait spontanément.
On lui reprocha cette démarche, en particulier pour la scène dans laquelle la jeune fille dévore goulûment une douzaine de morceaux de poulet frits, l'huile suintant sur le visage de la gloutonne,
qui sait pourtant que les autres la réduisent à un "tas de graisse noire".
La graisse de Precious Jones apparaît alors comme le stigmate de son indignité mais, comme George Orwell le disait de la crasse des prolétaires du XXe siècle, elle est aussi "une toile de fond, une
manière d'être, une justification, un signe distinctif, un masque, un fardeau".
Privée de son corps, Precious est privée de sa voix jusqu'à ce qu'elle apprenne, à 16 ans, à lire et à écrire.
Les viols et sévices dont elle est victime auraient pu la rendre entièrement invisible, n'étaient sa capacité à se rêver autre, blanche, mince, métisse, belle... et sa détermination à reprendre le
contrôle de sa vie par le passage de l'oralité à l'écriture.
On suit alors la progression d'un manuscrit alternatif à celui de son corps : le cahier dans lequel elle écrit, par bribes phonétiques, qui est Clareece Precious Jones.
La monstration de son corps et ses tourments ne déqualifient donc pas le langage, bien au contraire.
La parole de la jeune fille est ce qui la définit, épargnant par là même au spectateur le malaise qui naîtrait de l'explicite absolu.
Avec un film aussi militant, Daniels entre par effraction dans un débat houleux aux Etats-Unis que les sciences humaines n'ont toujours pas tranché, celui d'une "culture de la pauvreté" qui
expliquerait in fine les impasses de l'intégration des Noirs.
Un tel postulat culturaliste (la pauvreté serait auto-entretenue plus que subie) joue de la confusion ambiguë entre "culture de la pauvreté" et "culture des Noirs pauvres ", coloration raciste du
thème européen des "pathologies sociales" irréductibles des classes dangereuses.
Si le pauvre est perçu comme un monstre social dans les sociétés qui se veulent d'abondance, y a-t-il alors encore un pauvre derrière les monstres de Precious ?
Le film est, par ailleurs, une dénonciation terrible de la faillite des services publics américains, depuis la directrice d'école qui renvoie l'adolescente parce qu'elle est enceinte, les
professeurs qui ne devinent pas son illettrisme, l'hôpital qui la met à la rue avec son nourrisson, jusqu'à l'assistante sociale hypocrite et l'ensemble des services sociaux qui n'ont su protéger
Precious pendant toutes les années de son martyre.
Mais si Precious entend s'élever seule au-dessus de sa condition, faisant mentir les experts en assistance, elle ne doit sa libération de la prison que constitue son illettrisme et, en creux, son
déterminisme familial, qu'à l'institutrice dévouée, salariée d'une école alternative, sorte de classe-relais où l'on donne une nouvelle chance à des jeunes femmes noires et latinos, brisées elles
aussi par la brutalité des hommes et l'indifférence du reste du monde à leur sort.
Car les Precious Jones existent dans la réalité.
Non seulement parmi les quatre cinquièmes des jeunes femmes noires touchées par l'obésité, dont un tiers vivent dans la pauvreté, non seulement chez celles frappées par le virus du sida, première
cause de leur mortalité.
Mais également parmi des figures célèbres de l'industrie culturelle noire américaine qui ont entendu dans ce film un triste écho de leur propre existence.
Alors qu'il n'était qu'un petit film indépendant, il a ainsi reçu le parrainage miraculeux des deux personnalités noires les plus puissantes dans le monde culturel, Oprah Winfrey et Tyler Perry,
deux enfants violés.
Télévangéliste profane des femmes africaines américaines de plus de 40 ans, Winfrey est l'archétype de la femme noire ayant dû se battre seule contre le stigmate et l'opprobre.
C'est ce qui lui donne le droit de déclarer, oubliant toutes les Michelle Obama, que "nous - les femmes noires - sommes toutes des Precious".
Indéniablement, si Mo'Nique (dans le rôle de la mère), ou si Gabourey Sidibe dans le rôle de Precious gagnaient l'Oscar, une autre communauté noire serait représentée et célébrée en 2010.
Celle des ghettos et de Katrina.
Peut-être Precious est-il finalement une oeuvre très "obamanienne", c'est ce que suggère Sapphire - auteure du livre Push (Points, 1998) dont Precious est l'adaptation -, lorsqu'elle tranche : "
Nous avons un président noir, nous pouvons désormais regarder nos ombres en face."
Sylvie Laurent / Le Monde
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Au début des années 1980, une rumeur a commencé à circuler dans la vallée des mille collines, (Afrique du Sud) un lieu où la beauté des paysages contraste avec la pauvreté qui y règne.
Cette rumeur disait qu’un nouveau virus avait fait son apparition.
Ce sont les grands-mères qui ont compris les premières qu’il se passait quelque chose d’inquiétant, de terrifiant même.
Pour y faire face, un projet original et intéressant, rassemblant tous les habitants de la vallée et s’inscrivant dans une initiative plus vaste ayant des ramifications sur l’ensemble du continent
et à l’étranger, a alors vu le jour et s’est développé.
Il s’agit de la campagne intitulée “Les grands-mères parlent aux grands-mères”, qui met en relation des femmes qui s’occupent de leurs petits-enfants orphelins du sida.
Elle a été lancée à l’initiative de la Fondation Stephen Lewis, implantée à Toronto, au Canada.
Cwengetile Myeni est infirmière au Hillcrest Aids Centre Trust.
Elle est aussi grand-mère, mais ses enfants sont vivants et prospères.
“Même si je ne vis pas les mêmes problèmes que les autres grands-mères, qui doivent s’occuper des orphelins de leurs propres enfants, je sais comment elles vivent parce que nous allons
régulièrement chez elles.
Ce qui est difficile, c’est que les grands-mères veulent parler, mais d’autres personnes de la communauté préfèrent se taire.
Les gens veulent cacher ce qu’ils savent du VIH.
Et ce qui complique encore plus les choses, c’est qu’ils ne viennent à la clinique que lorsqu’ils sont très malades. Il est parfois trop tard pour faire quoi que ce soit”, raconte-t-elle.
Elle pense que le projet “Les grands-mères parlent aux grands-mères” a offert un exutoire à plusieurs de ces femmes, en leur permettant de se retrouver et de discuter de leurs expériences.
En outre, l’argent distribué dans le cadre de la campagne accorde à certaines assez de liberté pour leur permettre de renforcer leurs liens avec leurs petits-enfants.
“Souvent, les grands-mères utilisent leur pension pour fournir aux enfants ce dont ils ont besoin, rappelle Cwengetile Myeni.
Rares sont celles qui reçoivent une aide de l’Etat.
Lorsqu’elles en reçoivent une, ce n’est pas toujours suffisant.
Certaines mamies élèvent dix ou douze enfants en même temps…
” En 2006, année où la campagne a été lancée, la Fondation Stephen Lewis a invité Cwengetile Myeni et deux autres grands-mères sud-africaines à venir à Toronto pour y rencontrer d’autres mamies
africaines et canadiennes.
“Les grands-mères canadiennes voulaient entendre ce que nous avions à dire, même s’il était douloureux pour elles d’écouter nos histoires”, explique Cwengetile Myeni.
Lancée à la veille de la Journée internationale de la femme en 2006, le projet “Les grands-mères parlent aux grands-mères” a obtenu le soutien des Canadiens.
A l’heure actuelle, plus de 220 groupes de femmes du Canada ont rassemblé plus de 6 millions de dollars [4,4 millions d’euros] de fonds destinés aux organisations communautaires de
quinze pays subsahariens.
Cet argent servira à aider les grands-mères de ces pays à nourrir, loger, habiller et éduquer leurs petits-enfants orphelins.
L’une de ces organisations, Grandmothers Against Poverty and Aids (GAPA), une ONG du Cap gérée par des Sud-Africains, œuvre dans les townships de Khayelitsha et de Gugulethu depuis 2001.
Selon sa directrice, Vivienne Budaza, la collaboration avec les Canadiens a permis le renforcement des liens avec d’autres grands-mères africaines.
“Notre modèle, qui consiste à organiser des ateliers et offrir un soutien durable pour subvenir aux besoins psychologiques de ceux qui prennent soin de leurs petits-enfants rendus orphelins par le
VIH/SIDA, est maintenant reproduit dans d’autres pays africains, assure-t-elle.
La plupart de ces grands-mères ne savaient pas grand-chose de la maladie. Au début, nous n’étions même pas autorisés à prononcer le mot VIH, parce que les stigmates qui y sont associés étaient très
forts.
” Cwengetile Myeni raconte que les grands-mères sud-africaines qui se sont rendues au Canada ont été très surprises de constater qu’elles étaient les seules, parmi les femmes africaines, à pouvoir
bénéficier d’aides ou de pensions de l’Etat.
“Le problème, c’est que les gens peuvent développer une certaine dépendance envers ces aides, indique-t-elle.
Les grands-mères des autres pays africains utilisent le peu qu’elles ont pour se relever et saisissent au passage tout ce qu’elles peuvent.
C’est pourquoi nous plaçons les gens dans des programmes générateurs de revenus pour qu’ils n’aient pas à dépendre de ces aides.”
Mais, pour des grands-mères qui n’ont jamais travaillé de leur vie – sauf dans leur foyer et leurs champs – , il n’est pas toujours facile d’acquérir de nouvelles compétences.
Elles sont nombreuses à n’être jamais sorties de leur vallée.
Et, même s’il arrive que des grands-mères canadiennes viennent leur rendre visite, leur monde se limite à cette seule région. (Courrier International)
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C'est le tollé dans une grande partie du monde éducatif, et parmi les associations de lutte contre l'homophobie.
Motif ?
Le refus opposé ce matin par le ministre de l'Education nationale à la diffusion dans les écoles du dessin-animé qui aborde poétiquement le thème de l'homosexualité.
Luc Chatel a estimé sur RMC que ce court-métrage d'animation en cours de fabrication, "Le baiser de la lune", une histoire d'amour entre un poisson-chat et un poisson-lune destinée par ses auteurs
à devenir un outil pédagogique, n'avait "pas vocation à être projeté en primaire".
Aussitôt, le Collectif éducation, composé des fédérations syndicales enseignantes FSU, Sgen-CFDT, Unsa-Education et Ferc-CGT, des parents d'élèves de la FCPE, des lycéens de l'UNL et de la Fidl et
des étudiants de l'Unef, a "appelé solennellement le ministre à revenir sur ses déclarations".
Pour eux, la lutte contre l'homophobie et les discriminations doit commencer "dès l'école primaire", car "tout montre que c'est très tôt, avant que les stéréotypes et les comportements
discriminatoires soient intériorisés, qu'il faut agir".
De leur côté, les associations SOS-Homophobie et Inter-LGBT ont qualifié de "regrettable" le discours de Luc Chatel qui "s'aligne ainsi sur celui tenu par des mouvements de droite
ultraconservateurs".
Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate, ainsi que le Collectif pour l'enfant, une association de "défense de la famille" avaient en effet interpellé le ministre au début de la
semaine, pour qu'il interdise ce projet de sensibilisation, destiné aux enfants de CM1 et CM2.
L'une invoquait "la neutralité de l'Education nationale", l'autre dénonçait "une intrusion dans l'intimité de jeunes enfants".
Et le ministre semble leur donner raison à travers sa prise de position. Christine Boutin s'est d'ailleurs réjouie de cette décision, car, selon elle, "ce film n'est pas un film de lutte contre les
discriminations, mais un film idéologique".
SOS-Homophobie et l'Inter-LGBT en appellent donc au ministre "pour qu'il affirme la nécessité d'aborder les relations amoureuses dans leur diversité dès l'école primaire, et soutienne le projet "Le
baiser de la lune" ainsi que toute autre action, privée ou publique, qui aiderait à une meilleure acceptation de l'homosexualité à l'école".
Toutes ces organisations soulignent que le fort taux de suicides et tentatives des adolescents homos s'explique, notamment, par les comportements homophobes et par l'intériorisation par ces jeunes
d'un "déni voire un dégoût d'eux-mêmes". (Têtu 03/02/10)
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